Mode de seconde main : quel impact environnemental réel ?
Analyse chiffrée de l'impact écologique de la mode de seconde main et des limites du marché de l'occasion textile.
Le marché de la mode de seconde main connaît une croissance spectaculaire. Estimé à 177 milliards de dollars en 2025, il devrait atteindre 350 milliards à l’horizon 2028. Mais derrière l’enthousiasme des consommateurs et le discours vertueux des plateformes, quel est l’impact environnemental réel de cette pratique ?
Les chiffres qui plaident en faveur de l’occasion
L’industrie textile est responsable d’environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Chaque vêtement neuf nécessite en moyenne 2 700 litres d’eau pour sa fabrication — l’équivalent de ce qu’une personne boit en deux ans et demi.
Acheter un vêtement d’occasion au lieu d’un neuf permet d’économiser en moyenne :
- 3,6 kg de CO₂ par pièce (soit l’équivalent de 20 km en voiture)
- 3 000 litres d’eau (production + teinture + finition)
- 0,3 kg de déchets textiles qui n’iront pas en décharge
Multiplié par les milliards de vêtements échangés chaque année, le potentiel est considérable.
Le revers de la médaille
L’effet rebond
Plusieurs études mettent en évidence un phénomène préoccupant : l’achat de seconde main ne remplace pas toujours l’achat de neuf. Certains consommateurs achètent de l’occasion en plus de leur consommation habituelle, séduits par des prix bas qui encouragent la surconsommation. Le panier moyen sur les plateformes de revente est supérieur en nombre de pièces à celui des enseignes classiques.
La logistique carbone
L’envoi individuel de colis constitue un poste d’émission souvent négligé. Un paquet expédié par la Poste émet entre 500 grammes et 1 kg de CO₂. Quand un t-shirt d’occasion traverse la France pour être vendu 5 euros, le bilan carbone du transport peut annuler une partie du bénéfice environnemental.
Les plateformes de vente en pair-à-pair génèrent des millions de colis individuels, là où un circuit de collecte centralisé serait plus efficient.
La question des textiles synthétiques
Un vêtement en polyester libère des microfibres plastiques à chaque lavage, qu’il soit neuf ou d’occasion. Prolonger la vie d’un vêtement synthétique de mauvaise qualité, c’est aussi prolonger sa contribution à la pollution microplastique des océans.
Les pratiques les plus vertueuses
Toutes les formes de seconde main ne se valent pas. Voici un classement par impact environnemental décroissant.
1. Le don ou le troc local — Zéro emballage, zéro transport longue distance. Les ressourceries, associations et vide-greniers de quartier restent la solution la plus écologique.
2. Les friperies physiques — Le circuit de collecte est mutualisé, ce qui réduit le coût carbone par pièce. Le tri est effectué localement.
3. Les plateformes de vente locale — Les transactions de proximité avec remise en main propre limitent l’empreinte logistique.
4. Les plateformes de vente en ligne — L’impact est positif mais réduit par les émissions de transport. Regrouper les achats chez un même vendeur améliore le bilan.
Vers une mode réellement circulaire
L’enjeu dépasse la seule revente. Une approche complète intègre la durabilité dès la conception du vêtement : matières recyclables, coutures réparables, modularité des pièces. Certaines marques pionnières proposent des systèmes de consigne textile où le vêtement usagé est repris, réparé et remis en circulation.
La seconde main est un levier puissant, mais elle ne résoudra pas seule la crise environnementale du textile. Elle doit s’inscrire dans une réduction globale du volume de vêtements produits et consommés. Acheter moins, choisir mieux, utiliser plus longtemps reste la formule la plus efficace.