Télétravail international : les nouvelles règles à connaître en 2026
Tour d'horizon des évolutions réglementaires et fiscales du télétravail à l'étranger pour les salariés et indépendants européens.
Le télétravail depuis l’étranger s’est imposé comme une réalité durable. Ce qui relevait de l’exception pendant la pandémie est devenu un mode de vie pour des millions d’Européens. Mais les cadres juridiques évoluent vite : voici ce qu’il faut savoir pour télétravailler à l’international en toute légalité cette année.
Un cadre européen en construction
L’Union européenne a posé les premières pierres d’un cadre harmonisé pour le télétravail transfrontalier. L’accord-cadre sur le télétravail dans la zone euro, en vigueur depuis juillet 2023, permet aux salariés de télétravailler depuis un autre État membre jusqu’à 49 % de leur temps de travail sans modification de leur régime de sécurité sociale.
Au-delà de ce seuil, le régime de sécurité sociale du pays où le travail est effectué s’applique. Un salarié français passant plus de la moitié de son temps en Espagne relèvera donc du système espagnol.
Les visas numériques se multiplient
De nombreux pays proposent désormais des visas spécifiques pour les travailleurs à distance. Hors Europe, les destinations les plus prisées ont structuré leurs offres.
| Pays | Type de visa | Durée | Revenu minimum requis |
|---|---|---|---|
| Portugal | D8 (nomade numérique) | 1 an renouvelable | 3 510 €/mois |
| Espagne | Visa nomade numérique | 1 an renouvelable | 3 256 €/mois |
| Grèce | Digital Nomad Visa | 1 an renouvelable | 3 500 €/mois |
| Colombie | Visa Nómada Digital | 2 ans | 3 salaires minimums locaux |
| Thaïlande | Long-Term Resident | 5 ans | 80 000 $/an |
Ces visas n’ouvrent pas automatiquement droit à un régime fiscal local. Les obligations déclaratives dans le pays d’origine persistent dans la plupart des cas.
Fiscalité : les pièges courants
La résidence fiscale reste le point le plus sensible. En France, un séjour de plus de 183 jours par an à l’étranger peut faire basculer votre résidence fiscale dans le pays d’accueil — à condition que le centre de vos intérêts économiques y soit également situé.
Quelques règles essentielles à retenir :
- Convention fiscale : vérifiez l’existence d’une convention bilatérale entre votre pays d’origine et le pays d’accueil pour éviter la double imposition
- Établissement stable : un indépendant travaillant régulièrement depuis un pays étranger peut créer un « établissement stable » au sens fiscal, avec des conséquences lourdes
- Sécurité sociale : les cotisations suivent le lieu effectif de travail, pas le lieu de résidence déclarée
Les obligations de l’employeur
Les entreprises qui autorisent le télétravail international doivent anticiper plusieurs risques. L’envoi régulier d’un salarié dans un autre pays peut créer un établissement permanent au sens fiscal pour l’entreprise elle-même. Certaines sociétés limitent donc le télétravail à l’étranger à 30 ou 60 jours par an pour rester en deçà des seuils critiques.
L’assurance santé et la couverture accidents du travail doivent également être adaptées. Un salarié qui se blesse en télétravaillant depuis Lisbonne reste couvert par la législation française sur les accidents du travail, mais les démarches de prise en charge peuvent être complexes.
Recommandations pratiques
- Documentez tout — Conservez les preuves de vos périodes de présence dans chaque pays (billets d’avion, relevés bancaires, connexions internet)
- Prévenez votre employeur — Le télétravail non déclaré à l’étranger peut être un motif de sanction
- Consultez un fiscaliste — Dès que vous dépassez 90 jours dans un pays étranger, un avis professionnel est recommandé
- Anticipez la couverture santé — La Carte européenne d’assurance maladie ne couvre que les séjours temporaires
Le télétravail international offre une liberté inédite, mais il exige une rigueur administrative proportionnelle. Mieux vaut s’informer en amont que de régulariser a posteriori.